
Le Cercle des Passerelles souhaite réaffirmer un principe fondamental : la réalité des faits ne peut devenir un objet de suspicion ou de disqualification idéologique. La démocratie repose sur la lucidité, non sur l’évitement.
À l’occasion de la sortie du film L’Abandon, retraçant les derniers jours de Samuel Paty, nous observons avec préoccupation que l’évocation d’un drame national peut encore susciter des accusations infondées ou des lectures partisanes. Pourtant, rappeler un fait, analyser un mécanisme ou interroger une dérive n’est pas un acte politique. C’est un acte citoyen.
L’assassinat de Samuel Paty constitue une atteinte directe aux valeurs essentielles de la République : la liberté d’expression, la transmission du savoir, la protection des enseignants et la lutte contre toutes les formes de fanatisme. Ce drame appartient à la mémoire collective. Il ne peut être ni minimisé, ni instrumentalisé, ni transformé en sujet tabou.
La liberté d’expression est un pilier de notre démocratie. Mais elle n’a jamais été conçue comme un droit absolu. La démocratie se doit aussi de nous protéger lorsque certaines paroles, amplifiées ou détournées, deviennent des vecteurs de haine, de stigmatisation ou de violence symbolique. La loi le rappelle clairement : la liberté s’arrête là où commencent l’appel à la haine, l’incitation à la violence ou la mise en danger d’autrui.
Dans un espace public saturé de réseaux sociaux et d’algorithmes, certaines expressions prennent une ampleur disproportionnée. Elles peuvent nourrir des tensions, attiser des colères ou fragiliser le vivre‑ensemble. La République ne peut rester passive face à ces dérives.
Pour autant, protéger la société contre les abus ne signifie pas censurer le réel. On ne renforce jamais la démocratie en disqualifiant ceux qui rappellent les faits. On ne défend pas la République en rendant certains sujets indicibles. On n’honore pas Samuel Paty en transformant son histoire en terrain interdit.
Le Cercle des Passerelles réaffirme que :
- La lucidité n’est pas une prise de position partisane.
- La vérité des faits ne doit jamais être filtrée par l’idéologie.
- La liberté d’expression doit être protégée, mais aussi encadrée lorsqu’elle sert la haine.
- La démocratie se renforce par la clarté, jamais par l’évitement.
Nous appelons à un débat public apaisé, responsable et fidèle aux principes républicains. Regarder le réel en face n’est pas un risque : c’est une condition de la liberté. C’est aussi une exigence morale envers celles et ceux qui ont payé de leur vie la défense du savoir et de l’esprit critique.
Le Cercle des Passerelles poursuivra son engagement pour une parole libre, mesurée et profondément attachée aux valeurs de la République.


