
Soyons clairs : si la peine de mort revient dans le débat français, ce n’est jamais par hasard. Ce sont toujours les mêmes qui la brandissent : les partis de droite dure et d’extrême droite. Et ce n’est pas seulement un problème moral, c’est un signal politique. Un signal dangereux.
La peine de mort n’est pas une solution. C’est un fantasme autoritaire. Elle rassure ceux qui confondent force et brutalité, justice et vengeance, État et punition. Elle séduit ceux qui rêvent d’un pouvoir qui frappe avant de réfléchir, qui élimine au lieu de juger, qui gouverne par la peur plutôt que par le droit.
Et c’est précisément pour ça qu’elle revient dans la bouche de certains responsables politiques : parce qu’elle permet de tester jusqu’où la société est prête à céder à l’émotion, à la colère, à l’instinct. Ce n’est pas un débat pénal. C’est un test de résistance démocratique.
Je n’ai jamais été pour la peine de mort. Jamais. Parce qu’un État qui tue n’est pas un État fort : c’est un État qui renonce à ce qui le distingue des régimes autoritaires. Parce qu’un pays qui commence à trier les vies qu’il peut supprimer est un pays qui accepte que la loi devienne une arme politique. Parce qu’une démocratie qui se met à exécuter, même « pour les pires crimes », commence à ressembler à ceux qu’elle prétend combattre.
Regardons les faits : les pays qui exécutent le plus ne sont pas les plus sûrs. Ce sont les plus répressifs. Regardons l’histoire : la peine de mort a toujours été un outil de contrôle, jamais un outil de protection. Regardons la France : chaque fois qu’un fait divers tragique secoue le pays, certains en profitent pour avancer leurs idées les plus radicales, comme si la douleur collective était une opportunité politique.
La peine de mort n’est pas un débat technique. C’est une ligne rouge. Et ceux qui veulent la franchir montrent exactement ce qu’ils feraient du pouvoir si on le leur confiait.
Une démocratie ne se défend pas en tuant. Elle se défend en restant fidèle à ce qui la fonde : la dignité humaine, la limite du pouvoir, la justice qui ne se transforme jamais en vengeance.
Quand la peine de mort revient dans le débat, ce n’est pas pour protéger les innocents. C’est pour tester la solidité de nos principes. Et c’est précisément pour ça qu’il faut dire non, fermement, sans trembler.

