Pour que nos territoires ne roulent plus à perte

un appel du Cercle des Passerelles

Dans nos villages, nos bourgs, nos petites villes, les artisans et les petites entreprises sont bien plus que des acteurs économiques. Ils sont des liens vivants, des repères, des visages familiers. Ils incarnent cette France du quotidien que l’on traverse sans toujours la voir, mais qui fait tenir nos territoires debout. Aujourd’hui, cette France-là s’épuise. Et trop souvent, elle s’épuise en silence.

Au Cercle des Passerelles, nous croyons que la cohésion sociale commence par la reconnaissance de ces réalités concrètes. C’est pourquoi nous voulons porter une parole simple, mais urgente : la hausse des carburants fragilise dangereusement ceux qui n’ont pas d’autre choix que de rouler pour vivre.

Quand la distance devient une menace

Dans de nombreux métiers — artisans du bâtiment, dépanneurs, livreurs, services à domicile, techniciens, agriculteurs — la route n’est pas un luxe. C’est une obligation. Et parce que la clientèle locale se raréfie, beaucoup doivent aller toujours plus loin pour trouver du travail. Chaque kilomètre devient alors un coût supplémentaire, un risque de plus, une marge qui s’effrite.

Ce n’est pas une théorie. C’est une réalité vécue par des milliers de professionnels. C’est aussi mon histoire : petit patron, j’ai vu mon entreprise naissante fragilisée par les blocages des Gilets jaunes, puis achevée par la pandémie. Deux crises successives, deux vagues qui ont submergé une structure encore fragile. Je ne suis pas un cas isolé. Je suis un exemple parmi tant d’autres.

Le carburant : un outil de travail devenu un fardeau

Pour ces entreprises, le carburant n’est pas un poste secondaire. C’est l’équivalent de l’électricité pour un hôpital, ou de l’eau pour un agriculteur. Quand son prix augmente, ce n’est pas seulement le budget familial qui souffre : c’est la viabilité même de l’activité.

Et lorsque les aides existent, elles sont souvent trop complexes, trop tardives, trop éloignées du terrain. Pendant ce temps, les factures s’accumulent, les déplacements s’allongent, et les trésoreries se vident.

Un risque d’effondrement silencieux

Si rien n’est fait pour soutenir réellement ceux qui roulent beaucoup, les conséquences seront lourdes :

  • des artisans renonceront à des chantiers trop éloignés,
  • certains métiers deviendront non rentables,
  • des entreprises fermeront,
  • le chômage augmentera,
  • des territoires entiers perdront leurs services de proximité.

Ce n’est pas une projection pessimiste. C’est une trajectoire déjà visible.

Relier plutôt que laisser tomber

Au Cercle des Passerelles, nous refusons cette fatalité. Nous croyons qu’un pays se tient par ses liens, pas par ses fractures. Nous croyons que la politique doit partir du terrain, pas des slogans. Nous croyons que la dignité de ceux qui travaillent doit être protégée, pas sacrifiée.

Aider les entreprises qui roulent beaucoup, ce n’est pas un privilège. C’est reconnaître leur rôle essentiel dans la vie réelle. C’est protéger l’emploi local, la vitalité des territoires, et la continuité des services. C’est refuser que la France périphérique devienne une France abandonnée.

Pour une politique qui reconnecte

Nous appelons à une action publique cohérente, lisible, et adaptée aux réalités du terrain :

  • un soutien ciblé pour les entreprises dont l’activité dépend des déplacements,
  • des dispositifs simples, rapides, accessibles,
  • une prise en compte des distances réelles parcourues,
  • une vision territoriale qui ne laisse aucune zone rurale ou périurbaine à l’écart.

Parce qu’un pays qui laisse tomber ses artisans, ses indépendants, ses petites entreprises, est un pays qui se coupe de lui-même. Et un pays qui se coupe de lui-même ne construit plus de passerelles : il creuse des fossés.

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