
Le maire RN supprime un hommage historique aux mineurs, au motif que les syndicats y feraient trop de politique. Cette décision provoque une forte indignation, y compris chez des habitants issus de familles minières, qui y voient un manque de respect pour la mémoire ouvrière et un effacement culturel dans une ville marquée par les drames du fond.
“Quand la mémoire du peuple est traitée comme un décor”
Il y a des paroles qui blessent plus profondément que des cris. Dire que cette journée serait “trop politique”, c’est oublier ce qu’elle représente : des vies brisées, des familles endeuillées, des corps sacrifiés pour que ce pays tienne debout.
La France ouvrière n’est pas un slogan. Elle est faite de coups de grisou, de mains noircies, de veines usées, de noms gravés sur des stèles. Elle est faite d’hommes et de femmes qui descendaient au fond sans savoir s’ils remonteraient. Elle est faite de drames comme Courrières, où des centaines de mineurs ont disparu, dont certains que nous portons encore dans nos mémoires familiales.
Rappeler cette histoire n’est pas “faire de la politique”. C’est refuser qu’on efface la dignité de celles et ceux qui ont payé le prix le plus lourd.
Les organisations syndicales n’ont pas inventé la dimension sociale de cette journée : elle est née du sang, de la sueur et du courage de celles et ceux qui n’avaient rien d’autre que leur solidarité pour survivre.
Quand on prétend parler au nom du “petit peuple”, la moindre des choses est de respecter son histoire. Pas de la minimiser. Pas de la détourner. Pas de la réduire à un décor.
Le Cercle des Passerelles rappelle ceci : la mémoire ouvrière n’appartient à aucun parti. Elle appartient au pays tout entier. Et elle mérite mieux que le mépris déguisé en commentaire.
cher concitoyens des cités minière du nord/pas de calais et des régions minière de notre pays.
Aux habitants des cités minières — Mémoire du fond, mémoire du pays
Aux habitants des cités minières, à vous dont les ancêtres ont vécu, travaillé, espéré et parfois disparu au fond, à vous dont les familles portent encore les noms des disparus, nous voulons dire ceci : la mine n’a pas seulement façonné nos paysages, elle a façonné notre conscience collective.
Ici, chaque rue, chaque coron, chaque monument porte l’ombre d’un drame. Ici, on sait ce que signifie attendre un père, un frère, un fils qui ne remontera pas. Ici, la catastrophe n’est pas un chapitre d’histoire : elle est une mémoire vivante.
Courrières, Liévin, Saint-Étienne, Bruay, Lens… La mine a tué. Et parce qu’elle a tué, elle a obligé la France à avancer.
Avancer sur la sécurité. Avancer sur les droits. Avancer sur la protection des travailleurs. Avancer sur la dignité humaine.
Ce ne sont pas des mots abstraits. Ce sont des conquêtes nées du deuil, de la solidarité et du courage de ceux qui n’avaient rien d’autre que leurs mains pour vivre.
Alors oui, rappeler cette histoire, c’est politique — au sens le plus noble du terme : celui qui parle de justice, de mémoire, de respect. Ce n’est pas de la politique partisane. C’est la colonne vertébrale du pays.
Quand certains minimisent cette mémoire ou la traitent comme un simple décor, ils oublient que sans les mineurs, sans leurs sacrifices, la France n’aurait ni ses lois sociales, ni ses protections, ni ses avancées démocratiques.
Le Cercle des Passerelles affirme ceci : la mémoire ouvrière n’est pas un outil de communication. C’est un héritage national. Et ceux qui en viennent savent ce qu’elle vaut.
Nous la portons pour ceux qui sont restés au fond. Nous la portons pour ceux qui ont survécu. Nous la portons pour ceux qui viendront après nous.
