
Surprotéger un enfant, c’est parfois l’empêcher de grandir
Dans notre pays, beaucoup de parents veulent sincèrement bien faire. Ils veulent offrir à leurs enfants le meilleur, le plus sûr, le plus rassurant. Mais parfois, sans s’en rendre compte, cette quête de sécurité totale devient une prison douce.
Changer d’école pour éviter la diversité. Déménager pour fuir le mélange. Sélectionner les enseignants comme on compare des produits. Évaluer un chirurgien comme un prestataire noté sur une plateforme.
Tout cela part d’une intention de protection. Mais cela peut devenir une privation essentielle : la privation du monde réel.
Un enfant qu’on protège de tout finit par avoir peur de tout. Un enfant qu’on isole finit par s’isoler lui-même. Un enfant qu’on empêche de rencontrer les autres, on l’empêche de se rencontrer lui-même.
La maltraitance moderne n’est pas toujours brutale. Elle peut être invisible, polie, bien intentionnée. C’est celle qui transmet la peur au lieu de transmettre la confiance. Celle qui ferme les portes au lieu d’ouvrir des horizons. Celle qui confond sécurité et enfermement.
Le rôle d’une société n’est pas de fabriquer des bulles. C’est de construire des ponts. Des ponts entre les enfants, entre les familles, entre les mondes. Des ponts qui permettent de grandir, de comprendre, de se confronter, de s’apprivoiser.
Le vivre‑ensemble n’est pas un supplément d’âme. C’est une compétence vitale. Et c’est un droit de l’enfant.
Protéger un enfant, ce n’est pas l’éloigner du monde. C’est l’y préparer. Avec douceur, avec exigence, avec confiance. Avec cette conviction simple : un enfant entouré, mélangé, respecté, devient un adulte capable de tenir debout dans la société.
C’est cela, la responsabilité collective. C’est cela, la dignité éducative. C’est cela, l’esprit des Passerelles.
