
“Avant de parler des enfants, que les médias commencent par balayer devant leur porte.”**
On entend certains médias s’indigner du “danger des réseaux pour les jeunes”. Très bien. Parlons-en. Mais commençons par une vérité simple : les enfants ne sont pas responsables du chaos numérique. Les adultes, si. Et parmi eux, les médias ont une part immense.
Car enfin : comment peut-on donner des leçons de civisme numérique quand on laisse sous ses propres articles des torrents d’insultes, de haine, de complotisme et de menaces sans modération, sans filtre, sans responsabilité ?
Comment peut-on s’alarmer du harcèlement scolaire quand on laisse prospérer le harcèlement adulte sur ses propres plateformes ?
Comment peut-on s’inquiéter de la crédulité des adolescents quand on laisse circuler, dans ses commentaires, des rumeurs, des intox, des fantasmes complotistes qui feraient rougir un forum obscur ?
Les enfants ne sont pas le problème. Ils sont les premières victimes d’un monde numérique que les adultes ont laissé pourrir.
Alors oui, protéger les mineurs est indispensable. Mais cela commence par exiger des adultes — médias compris — qu’ils montrent l’exemple. Modérer. Responsabiliser. Éduquer. Pas seulement pointer du doigt les plus jeunes pour se donner bonne conscience.
Une démocratie digne de ce nom ne laisse pas ses espaces publics devenir des zones de non-droit numérique. Elle protège. Elle régule. Elle élève. Et surtout, elle n’oublie jamais que les enfants regardent.
